Le fonctionnement de chacun doit être respecté

Nous avons pu constater que les pédagogies qu’imposent les pédagogues actuels, ainsi que les programmes de l’E.N. :

  • ne permettent pas à la plupart des enfants d’être respectés dans leurs différents modes de fonctionnement naturels ;
  • ne permettent pas à la plupart des enfants de développer les modes de fonctionnement qui ne leur sont pas naturels ;
  • ne permettent pas au cerveau de se développer de manière équilibrée car un enfant a besoin de faire appel aux deux hémisphères cérébraux qui doivent travailler en alternance constante, les besoins fondamentaux du cerveau ne sont pas respectés ;
  • entravent le fonctionnement de beaucoup d’enfants ce qui entraîne des dysfonctionnements cérébraux, des incidences sur la santé psychique et physique et une certaine violence ;
  • favorisent largement l’utilisation du cerveau droit, ce qui encourage les enfants à prendre l’habitude d’utiliser en priorité le cerveau droit, siège de l’émotion ;
  • suppriment de plus en plus les apprentissages qui font appel au cerveau gauche, alors que c’est lui qui favorise le raisonnement, apanage de cette zone cérébrale et qui, de plus, est inhibiteur des conduites négatives.

De nombreux spécialistes reconnaissent aujourd’hui que les méthodes pédagogiques de l’Éducation nationale utilisées depuis les années 1970 ne permettent pas à la grande majorité des enfants de se développer et de se construire normalement. L’école ne convient vraiment qu’à 20% des enfants, 5% même pour Elisabeth Nuyts !

D’où l’augmentation d’enfants qui ne rentrent pas dans le moule de l’Éducation nationale, le développement de dysfonctionnements chez beaucoup d’enfants qui finissent par ne plus avoir d’estime d’eux-mêmes. Trop d’enfants n’ont plus la possibilité de s’instruire et de développer au maximum leurs capacités, il ne leurs est pas permis de développer leur identité réelle et leur don lié à leur mode de fonctionnement particulier disparaît au profit du dysfonctionnement et devient donc un handicap.

Céline Alvarez n’hésite pas à dire que l’école est elle-même la cause des difficultés qu’elle essaie de corriger par des réformes : le principal problème vient des besoins du cerveau qui ne sont pas respectés. Cela fait 40 ans que ça dure, et bien sûr, maintenant, de plus en plus d’enseignants sont à dominante cerveau droit puisque ce sont ceux-là qui réussissent le mieux, ce qui augmente considérablement les chances pour un enfant à dominante cerveau gauche (80% des enfants) de se retrouver face à un enseignant à dominante cerveau droit qui ne parlera pas du tout le même langage…

Ainsi, le potentiel d’un enfant peut ne pas se révéler et une pédagogie inadaptée peut provoquer des blocages, des dysfonctionnements, des déviances et empêcher une croissance normale.

Nous sommes loin du modèle d’égalité des chances pour tous prôné par l’EN. Au contraire, au nom de cette égalité du droit à l’enseignement, les différences naturelles des enfants sont niées. L’école forme un modèle d’enfant unique, basé sur le développement de l’émotion et la capacité à refaire selon un modèle.

Le moule « Éducation Nationale » se rétrécie de plus en plus face aux différentes intelligences qui sont complètement rejetées alors qu’il suffirait d’apprendre autrement pour que chacune puisse se développer. Le système scolaire, en faisant le choix de continuer à utiliser des pédagogies qui ne conviennent pas à tous les types de fonctionnement, ne peut rien faire pour aider les enfants qui fonctionnent différemment et qui sont en difficulté.

La remise en cause n’étant pas de mise, la moindre difficulté suppose un dysfonctionnement, voir un handicap. L’école ne sachant comment gérer ces enfants particuliers, la responsabilité des difficultés est reportée sur l’enfant ou sur les parents. Un diagnostic est en général demandé pour imposer une étiquette qui se révèle souvent restreinte. En effet, la frontière entre les différents profils est souvent mince et les enfants concernés peuvent en cumuler plus ou moins plusieurs dans des proportions différentes. Parfois l’enfant se retrouve même médicalisé, ou bien ce sont les parents qui sont accusés. Les neurotypiques s’adaptent tant bien que mal dans ce cadre mais ceux qui sortent de la norme, non.

L’école, dès la maternelle, exacerbe les particularités de ces enfants hors normes qui sont en général hypersensibles, qui peuvent se dévaloriser et sombrer dans la phobie scolaire s’ils ne baignent pas dans une ambiance positive. Ou alors, c’est par la force, en sacrifiant partiellement ou totalement leur identité car ces enfants différents de la masse ressentent qu’on les considèrent comme anormaux et s’épuisent à ressembler au plus grand nombre au détriment de leur réelle personnalité trop souvent accompagnée d’une forte sensibilité. C’est l’ouverture à la phobie scolaire, à la dépression, à la mésestime de soi… Certains tentent même de se suicider… Toute différence est gênante et, plutôt que de remettre le système en cause, devient un handicap.

Si le fonctionnement naturel de l’enfant est entravé, c’est la porte ouverte à différents blocages et dysfonctionnements, voire même une certaine violence !

La violence pourrait sembler naturelle et un argument usité pour le démontrer est que les animaux le sont. En effet, certains trouvent logique que l’homme ait une agressivité innée tout comme les animaux. Or, si les animaux montrent effectivement de l’agressivité, c’est uniquement pour défendre leur vie, leur progéniture, leur territoire, leur nourriture, … bref, pour défendre leurs besoins de survie. De plus, seul l’homme est capable de faire la guerre… Montagu[1] cite, dans son livre Learning Non-agression, des cultures pacifiques, c’est donc possible ! Erich Fromm affirme également « Les hommes primitifs sont les moins guerriers, et […] l’esprit guerrier croit en proportion du degré de civilisation. Si la destructivité était innée chez l’homme, cette tendance serait inversée ». Aussi, le psycho-physiologiste Kenneth E.Moyer souligne que le comportement agressif est toujours lié à un stimulus externe.

En 1986, vingt éminents scientifiques spécialistes du comportement se sont réunis à Séville pour étudier les racines de l’agressivité humaine. Ils ont démontré que la tendance naturelle à l’agression ne reposait sur aucune base scientifique « La violence n’est inscrite ni dans notre héritage évolutif ni dans nos gènes. […] La même espèce qui a inventé la guerre est également capable d’inventer la paix »[2]. Pour l’écrivain Ernest Renan « La violence n’est pas innée chez l’homme. Elle s’acquiert par l’éducation et la pratique sociale ».

Thomas D’Ansembourg[3], enseignant de la communication non violente, nous démontre que, de manière plus générale, c’est la non satisfaction des besoins fondamentaux (sécurité, protection, indépendance, affection, estime de soi, compréhension, reconnaissance…) qui engendre la violence qui n’est pas notre nature. Ainsi, il affirme « Elle (la violence) est l’expression de la frustration de notre nature. C’est mon hypothèse de travail. La violence sert à exprimer nos besoins lorsqu’ils ne sont pas reconnus ou satisfaits. Si nos besoins sont reconnus ou, a fortiori, comblés, à quoi nous sert la violence ? Je crois de moins en moins à la méchanceté des personnes et de plus en plus au pouvoir de l’amertume et de la peur ainsi qu’à la puissance qui se nourrit de la frustration. Au fond, la méchanceté est l’expression de l’amertume des gens qui n’ont pas pris (ou eu l’occasion de prendre) soin de leur souffrance ». Thomas D’Ansembourg affirme que les besoins identifiés et réalisés, ou simplement reconnus, engendrent une satisfaction et un bien-être qui comblent l’être humain et le gardent dans la paix.

Un exemple très pertinent s’offre à nous par la classe Montessori de maternelle (3 - 6ans) à Genevilliers en ZEP et Plan Violence. Cette école propose aux enfants de la maternelle un enseignement basé uniquement sur la pédagogie de Maria Montessori qui respecte parfaitement les besoins de l’enfant et son rythme. De plus, cette pédagogie respecte tous les différents modes de fonctionnement car, comme le montre les sciences cognitives, elle respecte les paramètres nécessaires à un bon apprentissage pour tous quelque soit son mode de fonctionnement. Il n’y a donc pas d’entrave majeure dans les apprentissages qui pourraient engendrer de la violence. Aucune manifestation de violence. Au contraire, les enfants progressent rapidement en travaillant dans la paix et la confiance. Ils manifestent des attitudes d’entraide, de respect, de bienveillance et une grande autonomie qui se répercute même au sein de leur vie familiale. C’était d’ailleurs l’un des but de l’ouverture de cette classe, prévenir la violence en milieu scolaire par l'éveil social : la coopération, le tutorat et l'entraide sont les piliers du dispositif. De plus, ils lisent tous en fin de GS alors que, dans cette commune, 55% des enfants entrent généralement au collège sans savoir lire. C’était donc une réussite complète !

Lorsqu’il y a réellement un problème

Le dialogue avec les enseignants n’est pas toujours facile car il n’est pas évident de se remettre en question. Pourquoi ce que je fais marche avec la plupart des enfants mais ne marche pas avec celui-là ? C’est forcément qu’il a un problème ! Que ce soit par les enseignants ou par les médecins, les parents sont souvent accusés de tous les maux de leur enfant, comme du temps où Bruno Bettelheim était convaincu que l’autisme était la conséquence du comportement de la mère notamment. Manque d’affection, affection envahissante… dès que l’enfant ne ressemble pas à la normalité, il doit y avoir un problème psychologique.

L’expérience montre que, très souvent, la mère se rend compte des particularités de son enfant non seulement avant son entourage mais même avant les médecins ou certains spécialistes qui concluent trop facilement : « ne vous inquiétez pas, laissez-lui le temps, laissez-le faire ses expériences, ne soyez pas pressée, vous le couvez trop… ».

La mère vit au quotidien avec son enfant, elle passe du temps avec lui, à le regarder vivre, à l’observer. Elle est la plus à même à percevoir, au-delà des apparences quel qu’elles soient, ce que son enfant ressent, comment il perçoit son environnement. La mère qui sait se fier à son intuition est vraiment capable de grandes choses pour son enfant. Il y a des exemples célèbres comme celui de Temple Grandin[4], condamnée à l’âge de 4 ans par un médecin qui l’avait diagnostiquée comme ayant des lésions cérébrales, affirmait qu’elle ne parlerait probablement jamais et il conseillait à sa mère de la placer en institution. Nous savons bien où ce genre de placement mène…

Sa mère a pris en charge sa fille Temple. Il s’est avéré qu’elle est une autiste de haut niveau qui pense essentiellement en images ! Sa pensée en images a été identifiée par un professeur du lycée qui a su tenir compte de cette particularité et adapter ses exigences. Elle a obtenu un doctorat en sciences animales et est spécialiste de renommée internationale en zootechnie. Plus de la moitié du cheptel des Etats-Unis est élevé selon ses principes. S’il est vrai que l’on peut considérer que c’est un cas particulier - ce qui fait sa célébrité - sans la volonté de sa mère d’essayer d’offrir à sa fille une vie digne de ce nom, Temple Grandin aurait été internée à l’âge de 4 ans ! Grâce au combat quotidien de sa mère, sa détermination, sa confiance et son espérance, Temple Grandin a pu développer sa réelle personnalité et la mettre au service de l’humanité.

Penser différemment, fonctionner différemment, être différent, c’est voir le monde différemment, c’est réagir différemment à son environnement et c’est une richesse pour l’humanité. Vouloir imposer une normalité à tous, c’est refuser la richesse de la diversité, nécessaire à l’humanité. Pour Anneclaire Damaggio[5], jeune autiste asperger « la normalité n’est pas le summum de ce qui peut s’atteindre »… Son objectif est de devenir humainement belle ! « tout le reste doit s’ordonnancer autour puisque la première décision vient du cœur et l’intelligence dont nous sommes tous dépositaire doit faire ce que notre cœur décide ». Nous sommes loin de l’attrait du pouvoir et de l’argent…

Les parents doivent s’approprier l’éducation de leurs enfants et, si cela est nécessaire, se faire aider par des professionnels.

L’instruction en famille a déjà permis à de nombreux enfants à profils spéciaux d’être enfin compris par leurs parents, loin des étiquettes trop restreintes des professionnels. En effet, un enfant a besoin d’être compris dans la globalité de sa personnalité et d’être accepté tel qu’il est. Il pourra alors reprendre confiance, s’estimer, et se réconcilier avec les différents apprentissages, car les parents mettront en place des méthodes appropriées. L’IEF permet d’adapter les méthodes d’apprentissages à chaque enfant qui diffère entre eux, même au sein d’une fratrie.

Il est clair que pour une mère, ce n’est pas un parcours ordinaire et socialement correct aujourd’hui que de décider de consacrer son temps à s’occuper de son enfant et de l’aider à se construire, bien au-delà de l’instruction. Cette dernière peut servir de prétexte afin de pouvoir s’occuper pleinement de son enfant mais il s’agit bien de la personnalité de son enfant dans sa globalité qui est en jeu !

Pour bien comprendre et apprendre, l’enfant doit être respecté et aidé dans son mode de fonctionnement, et d’autres modes de fonctionnement que ceux qui lui sont naturels doivent être développés.

Nous verrons aussi que le cerveau a besoin d’être stimulé de manière à effectuer des va-et-vient incessants entre ses deux hémisphères, cela sera développé plus loin. Ce va-et-vient entre les hémisphères est nécessaire pour un bon développement cérébral, un bon traitement analytique et donc un bon raisonnement. Quant à l’enfant, il a besoin de faire travailler ses deux hémisphères cérébraux pour se construire et se développer harmonieusement.

Nous pouvons donc comprendre qu’il n’y a pas de sous intelligence, ni de manque d’intelligence, tous peuvent réussir. L’enseignement idéal devrait convenir à toutes les formes d’intelligences : permettre à l’enfant d’utiliser la forme d’intelligence qui lui est la plus naturelle dans ses apprentissages pour qu’il apprenne plus facilement ET permettre à l’enfant de stimuler et utiliser les formes d’intelligences qui lui sont moins naturelles afin de les développer.

En utilisant des pédagogies qui favorisent les différentes entrées, nous aurons donc un enfant qui grandira en développant au mieux ces capacités naturelles tout en développant les modes de traitement qui ne le sont pas, pour obtenir un adulte épanoui, conscient et responsable.

Proposer à son enfant des pédagogies qui l’invitent à développer dès la petite enfance toutes ses entrées permet au cerveau d’être parfaitement équilibré et permet un développement harmonieux de la personnalité de l’enfant. Nous développerons les activités nécessaires aux tout petits dans le chapitre sur l’éveil sensoriel.

Celui qui n’est pas dans la norme n’est pas anormal mais simplement différent !
Acceptons la différente, c’est la richesse même de notre société.

Catherine Chemin


[1] site OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire).

[2] La déclaration de Séville (1986).

[3] Auteur de Cessez d’être gentil soyez vrai !

[4] Film à regarder sur sa vie http://www.dailymotion.com/video/xocpd5_temple-gra...

[5] Titulaire d’un master 2 en sciences politiques. Sa mère, Nicole Damaggio, a écrit un livre : Une Epée dans la brume