Les changements pédagogiques de l’Education Nationale

Aujourd’hui, nous pouvons nous demander : pourquoi, il y a encore quarante ans en arrière, tous les enfants qui allaient au moins jusqu’à 10-12 ans à l’école savaient-ils lire, écrire et compter correctement ? Pourquoi nos grands-parents ne font-ils pas de fautes d’orthographe ? Pourquoi depuis quelques dizaines d’années, de plus en plus d’enfants, 200 000 par an[1], sortent du système scolaire sans maîtriser la lecture et l’écriture ? Pourquoi aujourd’hui 40% des élèves, soit 300 000 enfants, entrent-ils au collège avec de graves lacunes[2] ? Pourquoi ce même ¼ d’élèves étaient-ils déjà en échec scolaire à l’entrée au CP ? Pourquoi 40% des élèves entrant en 6ème ne suivront pas d’études secondaires ? Pourquoi un grand nombre d'élèves de seconde, titulaires du brevet, ne passent pas en première[3] ? Pourquoi plus de la moitié des étudiants de première année ne parviennent pas en seconde année ? Pourquoi de plus en plus d’élèves en Licence, et même en Master, en plus de faire de nombreuses fautes d’orthographes ont une syntaxe déplorable ? Pourquoi des professeurs de français de faculté sont obligés de faire un enseignement de collège alors qu’avant ils faisaient de la stylistique et de la rhétorique ? Pourquoi les facultés scientifiques se plaignent que les élèves savent de moins en moins raisonner ? Pourquoi est-il de plus en plus difficile aux quelques très grandes écoles de remplir leur classe avec des élèves français ? Pourquoi ceux qui vont au doctorat ont un niveau qui baisse d’année en année ? Pourquoi certains pays conduisent 15% d’enfants d’une classe d’âge au meilleur niveau lorsque la France n’en conduit que 5%[4] ?

Il y a quarante ou cinquante ans en arrière, un enfant d’une famille illettrée pouvait apprendre à lire, aujourd’hui, nous pouvons voir des enfants de familles lettrées, d’un bon niveau social, qui parviennent à la lecture, non pas à l’école, mais chez un orthophoniste, parfois en gardant de graves lacunes. Est-ce normal ?

Les méthodes de l’époque étaient certainement critiquables et méritaient d’être améliorée mais tous apprenaient à lire, écrire et compter, suffisamment pour que chacun puissent se débrouiller dans la vie, rédiger correctement un courrier administratif, une demande d’embauche, etc. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de diplômés de niveau II (Bac + 4 ou 5) rédiger des courriers non seulement bourrés de fautes d’orthographe mais tout juste compréhensibles et incorrects en syntaxe.

Qu’y a-t-il de vraiment changé dans les pédagogies de l’Éducation Nationale depuis quarante ans ?

Les classes de maternelle ne préparent plus les enfants à apprendre : il semble que l’essentiel de la période de 3 à 6 ans ait été complètement supprimé, à savoir l’éveil des sens et c’est là que se creusent les inégalités. Nous avons vu que les personnes qui remédient aux dysfonctionnements le font en commençant par stimuler les sens ! Aujourd’hui, les sens ne sont plus stimulés de manière à préparer réellement aux apprentissages ou ils sont stimulés excessivement, de façon inappropriée. L’éveil des sens sert à créer des connexions entre les différents sens et, cela est prouvé par les sciences cognitives actuelles, à développer les facteurs déterminant pour la vitesse et la facilité d’apprentissage que sont l’attention, l’engagement actif, le retour d’information immédiat et la consolidation[5]. L’enseignement actuel ne permet pas le développement de ces 4 paramètres[6].

L’enseignement en maternelle devient équivalent à l’école primaire dans le sens où il est très dirigé, très exigeant en terme de compétences précises à un moment précis. C’est vraiment une petite école, ce n’est plus un lieu de maternage où chaque enfant peut apprendre ce dont il a besoin, à son rythme.

Les manipulations si nécessaires aux kinesthésiques (80% des enfants) ont quasiment disparues. Ce sont les manipulations et l’oralisation qui permettent la construction de connexions cérébrales.

Les programmes sont surchargés de nouvelles notions, ce qui ne laisse plus le temps nécessaire aux fondamentaux. Le temps accordé au français et aux mathématiques se restreint comme peau de chagrin. Après l’anglais, l’histoire de l’art a été ajoutée dernièrement au programme de fin de primaire. Non seulement les notions sont « allégées » mais les enfants qui en ont besoin, n’ont vraiment pas assez de temps pour faire les exercices nécessaires à leur compréhension. Le temps est chronométré, minuté afin de boucler le programme ! D’une part, une pression énorme est imposée aux enfants et, d’autre part, on ne leur donne plus les moyens d’y arriver.

Les programmes du primaire ont été largement enrichis depuis 1969 par des sorties pédagogiques, des sorties sportives (piscine, patinoire…), visites d'intervenants extérieurs, etc. Ces activités étaient avant du ressort de la famille. Au nom de l’égalité des chances et afin de permettre à tous les enfants de réaliser des activités qu’ils pourraient ne pas faire en famille, le temps des fondamentaux est restreint et les enfants qui travaillent le mieux sont ceux dont les parents s’investissent le plus. L’égalité des chances à l’école est un leurre puisqu’il existe une grande différence de milieu sociaux, de capacités intellectuelles et/ou financières et de volonté de soutien de la part des parents.

D’autre part, si ces activités sont parfois intéressantes, elles grignotent largement les matières fondamentales que sont le français et les mathématiques.

Les méthode globales et semi-globales : peu importe le fonctionnement de l’enfant, peu importe que de plus en plus d’enfants aient des difficultés d’apprentissage de lecture (les orthophonistes sont là pour y palier), la méthode globale et semi-globale sévit toujours au CP. Mais, surtout, la méthode globale se répand toujours plus en maternelle où elle provoque déjà de gros dégâts. Cela commence parfois dès la petite section de maternelle par les étiquettes avec le prénom de l’enfant qui est d’abord associé à sa photo, puis juste l’étiquette. Viennent ensuite des étiquettes avec les jours de la semaine, les mois, les saisons et différents ‘’mots outils’’ que l’enfant apprend à reconnaître de manière globale et visuelle. Ce n’est pas de l’apprentissage de lecture à proprement parler mais cela reste de la globale ! Et cela apporte une grande confusion chez beaucoup d’enfants dont certains seront marqués toute leur scolarité !

D’ailleurs, les enfants qui entrent au collège en échec scolaire sont les mêmes qui étaient déjà entrés au CP en grande difficulté et qui sont vraiment en échec dès le début du CP[7]. Si ces enfants sont en échec dès le début du CP, c’est bien qu’ils étaient déjà en situation d’échec en sortant de maternelle !

De plus, il a été prouvé scientifiquement (voir chapitre sur l’apprentissage de la lecture) que ces méthodes allaient à l’encontre du fonctionnement du cerveau et entravaient largement la structuration de l’enfant, surtout ceux qui sont à dominante cerveau gauche et qui ont encore plus besoin que les autres de partir du détail vers l’ensemble[8] (80% au moins des enfants).

En effet, Stanislas Deheane nous dit « Les neurosciences de la lecture montrent que chaque cerveau d’enfant dispose de circuits neuronaux capables d’apprendre à lire ».

La lecture silencieuse : si les enfants étaient encouragés auparavant à lire à haute voix, maintenant ils sont obligés de lire en silence. D’après Elisabeth Nuyts, c’est la lecture à voix haute qui permet une mémorisation à long terme. De plus, la lecture à voix haute favorise les connexions entre l’oreille et la voix.

L’écriture silencieuse : il n’y a pas que la lecture qui est devenue silencieuse. Le silence s’est imposé même pour l’écriture. Pour Elisabeth Nuyts, ce silence est contre nature et est lourd de conséquences, il mécanise l’écriture qui devient intuitive. L’enfant devrait avoir la possibilité de syllaber et d’épeler tout haut le temps qu’il en a besoin, puis à voix basse, en murmurant, pour finir en silence quand le moment est venu pour chaque enfant.

La compréhension de texte : avec l’ancienne méthodologie, une analyse méticuleuse du texte était proposée après la lecture afin de permettre aux enfants une bonne compréhension et d’apprendre à lire entre les lignes. Aujourd’hui, la lecture silencieuse n’est plus suivie de questionnement, la compréhension reste globale et la mémorisation demeure à court terme. Les enfants apprennent à dégager l’essentiel d’un texte par différents exercices pour en arriver à la lecture spatiale recommandée par Eveline Charmeux par exemple : « Tout ce qui peut amener le regard à couvrir une surface plutôt qu’à suivre linéairement est préférable. L’élève se libère ainsi du mot à mot et parvient à une lecture spatiale. »

Elisabeth Nuyts, entre autre, affirme que c’est la lecture à voix haute et l’analyse orale qui permettent la compréhension fine d’un texte et sa mémorisation à long terme. En effet, le questionnement à la fin d’un texte permet à l’enfant de donner du sens à ce qu’il a lu : lire et comprendre. Répondre aux questions sur le texte fait reformuler l’enfant avec ses mots. C’est cela qui permet la mémorisation à long terme.

La lecture spatiale fait appel au cerveau droit alors que la lecture linéaire fait appel au cerveau gauche.

L’apprentissage de la rédaction : auparavant, les enfants apprenaient la grammaire et la conjugaison dès le CE1, apprenaient petit à petit à maîtriser la langue française par de nombreux exercices où ils étaient invités à enrichir des phrases d’un vocabulaire élaboré. Puis, petit à petit, apprenaient à rédiger de petits textes, descriptions d’images, avec un plan sur lequel s’appuyer. L’aboutissement de ces techniques étant la rédaction qui était proposée au CM1. Aujourd’hui, l’enfant doit réaliser des « productions d’écrits » dès le CE1, alors qu’il ne maîtrise pas la langue française et ce sont ces mêmes écrits qui vont servir d’appui pour la grammaire, rebaptisée ORL (Observation Réfléchie de la Langue).

L’apprentissage de la grammaire : les enfants découvraient petit à petit la grammaire analytique de manière très progressive, tout au long de l’école primaire. Cela commençait par l’analyse grammaticale[9] pour bien comprendre la nature et la fonction de chaque mot. Puis, l’enfant étudiait l’analyse logique[10] pour comprendre la construction des phrases. Aujourd’hui, le fond même de l’enseignement a changé pour évoluer vers des enseignements transversaux comme l’ORL qui est une grammaire fonctionnelle réalisée à partir de la production d’écrits des élèves . L’ORL a remplacé l’étude par éléments, orthographe, conjugaison, grammaire, où, à chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes.

L’observation réfléchie de la langue vient remplacer la méthode ancienne qui, pour leurs détracteurs, consistent à donner une explication magistrale puis la faire appliquer par des exercices. Pour l’ORL, Eveline Charmeux[11] nous explique sur son site qu’il s’agit de faire pratiquer la règle pour ensuite la faire découvrir. Faire de la grammaire, c’est étudier sa propre langue, ce que l’enfant sait déjà faire inconsciemment : il parle, donc il utilise la grammaire. En conséquence, il faut l’amener à prendre conscience des règles qu’il utilise déjà sans le savoir afin de théoriser les savoirs acquis de façon inconsciente. Par rapport à d’autres matières, aucun savoir extérieur n’est à apprendre, ni à mémoriser. L’ORL, « Loin de supprimer l’enseignement de la grammaire, lui redonne son sens, son sens véritable, d’un savoir particulièrement libérateur ». Sauf que, concrètement, l’enfant apprend la nature et la fonction (la différence n’est pas nette…) des mots par discriminations visuelles : le verbe « est le mot qui change le plus dans une phrase car il se conjugue » ; le sujet : « c’est le mot qui précède le verbe » ; le complément essentiel : « est le mot qui suit le verbe et qui n’est ni supprimable, ni déplaçable ; le pronom : « est le petit mot qui précède le verbe et qui le conjugue ». L’enfant apprend donc à reconnaître les fonctions des mots de manière spatiale, visuelle, et mécanique. Alors que la grammaire doit permettre de développer le raisonnement, cette méthode fait surtout appel à l’hémisphère droit, siège de l’émotion (démonstration plus loin avec Elisabeth Nuyts).

La littérature : l’histoire de la littérature a été supprimée, seule certains mouvements sont vus superficiellement.

Des dissertations aux commentaires composés : les dissertations représentent un exercice indispensable pour former le raisonnement. C’est un exercice d'argumentation organisée en trois parties (introduction, développement et conclusion) d'après une problématique tirée d’un sujet de littérature. La problématique entraîne une réflexion pour trouver des arguments de thèse et d’antithèse qui doivent être classés et ordonnés du plus faible au plus fort et du moins important au plus important. L’argumentaire peut s’appuyer sur des citations (connaissances littéraires) mais il est essentiellement construit à partir de ses connaissances générales et de sa capacité à mener une réflexion en profondeur pour exprimer une opinion argumentée : la sienne, celle de l’auteur et l’antithèse de l’auteur.

Les dissertations disparaissent au profit des commentaires composés qui est l’étude d’un texte. Il s’agit de décrypter ce que l’auteur veut nous dire, de relever le fil conducteur de son message, d’analyser les moyens utilisés (indices lexicaux, stylistiques, rythmiques), le contexte culturel, et d’en faire un compte-rendu construit. Ce travail s’appuie sur des connaissances mémorisées et restituées certes intéressantes et sur une capacité à analyser mais pas sur une capacité à raisonner. Ce travail met surtout en avant les sentiments, le ressenti.

Les pédagogies utilisées aujourd’hui font donc disparaître l’art de raisonner pour laisser la place au ressenti, aux émotions, à l’impulsivité. Le sens des mots devient subjectif et la pensée de l’auteur est décortiquée à travers les émotions ressenties, ce qui ne reflète pas forcément la pensée de l’auteur.

L’analyse de documents : cet exercice n’était pas ou peu utilisé avant, alors que maintenant, il est en vogue dans de nombreuses matières. L’analyse de documents consiste à comparer des documents en cherchant les ressemblances et les différences, réaliser des associations d’idées mais sans analyser finement ces mêmes documents. C’est du traitement analogique (par analogie) apanage du cerveau droit. Dans le meilleur des cas, le professeur propose les documents, les élèves partagent leurs réflexions / connaissances puis le professeur complète par un cours. Dans le cas le plus défavorable, l’heure de cours se fait uniquement autour de l’étude de ces documents grâce aux réflexions / connaissances des élèves sans apport de cours complémentaires. Il n’y a pas de cours ! Les enfants qui en savent le moins peuvent apprendre mais ceux qui en savent déjà plus n’apprennent rien. Cette méthode nous vient du constructivisme qui invite l’enfant à construire ses connaissances en remplacement de la transmission des connaissances. L’apprentissage ne part plus de l’enseignant mais de l’enfant lui-même qui construit son propre univers et sa vision du monde à partir de son vécu, ses connaissances, ses croyances ainsi que sa curiosité et sa motivation. L’enseignant devient un consultant. Cette méthode n’a rien à voir avec l’informel. Le constructivisme fait croire à l’enfant qu’il peut apprendre seul mais on ne lui propose pas de moyens. L’informel permet réellement à l’enfant d’apprendre seul car on lui donne des outils.

L’apprentissage des mathématiques : autrefois, les mathématiques étaient toujours appréhendées par des notions concrètes. Les notions d’arithmétiques étaient travaillées autour de multiples problèmes en rapport avec la vie quotidienne Partir de la réalité concrète permet à l’enfant de passer petit à petit à l’abstraction. Les nouvelles pédagogies noient les enfants dans l’abstrait. Les opérations s’apprennent de façon mécanique. Le matériel de manipulation a depuis longtemps été mis au placard et, depuis quelques années, on le ressort pour le jeter à la poubelle. Que deviennent nos 80% d’enfants kinesthésiques ? Des dyscalculiques pour certains et d’autres peuvent s’en sortir honorablement jusqu’au collège et s’écrouler tout d’un coup en milieu de collège.

L’apprentissage des théorèmes de mathématiques : avant les grandes réformes des mathématiques modernes, l’enfant était invité à revivre le cheminement que les mathématiciens avaient eu pour parvenir à élaborer leur théorème. Puis, on énonçait le théorème et l’enfant pouvait effectuer des exercices le mettant en application. Revivre la démonstration du mathématicien aide l’enfant à développer son raisonnement en faisant travailler leur hémisphère gauche. Depuis quelques dizaine d’années, les enfants n’étudient plus les démonstrations. On leur donne le théorème, et ils doivent l’appliquer par des exercices. Ce principe d’appliquer la règle ne convient pas, là encore, aux enfants à dominantes cerveau gauche (80%), car ils ont particulièrement besoin de revivre le raisonnement pour comprendre la règle afin de pouvoir l’appliquer. Si cette approche convient mieux aux enfants à dominante cerveau droit qui sont capables d’appliquer une règle sans l’avoir forcément comprise, cette pratique engendre une mécanisation du travail et ne permet pas à ces enfants de développer leur raisonnement. En effet, appliquer une règle après l’avoir mémorisée fait appel à un traitement analogique (cerveau droit) uniquement.

La disparition des leçons de choses : les leçons de choses posait les bases des sciences : anatomie, zoologie, botanique. Aujourd’hui les enfants découvrent l’ADN et le génome sans connaître les bases des sciences comme les classifications animales et végétales et leur raisons d’être.

Les exercices à trous : ils se multiplient ainsi que les QCM. Ils sont basés sur les acquis mécaniques et peuvent être traités uniquement par des acquis visuels sans réelle compréhension et recherche de sens.

L’apprentissage de lhistoire : l’histoire ne s’apprend plus selon un ordre chronologique mais par séquences aléatoires chronologiquement. De plus, le travail d’histoire se fait de plus en plus par analyse de documents.

L’informatique dès l’école primaire : l’ordinateur est basé sur un système binaire (oui/non, connais/connais pas). L’utilisation de l’ordinateur sollicite surtout l’œil et la main et donc davantage le cerveau droit. Il est incapable d'analyser une réalité totalement différente de ce pour quoi il a été initialement programmé. Son utilisation prématurée maintient l’enfant dans une utilisation automate.

L’école n’admet pas l’échec, il est interdit de se tromper : alors que l’erreur est la base de l’apprentissage. D’une part, les enfants ayant un rythme plus lent ou plus de difficultés à comprendre par la manière dont les notions leur sont présentées peuvent voir leur enthousiasme baisser. L’école se focalise sur les erreurs ce qui engendre une mauvaise estime de soi. D’autre part, en sachant que leur travail sera contrôlé à la fin, les enfants prennent l’habitude de travailler pour avoir de bonnes notes mais pas pour faire leur travail avec enthousiasme. Ils prennent l’habitude d’attendre d’une autre personne de savoir si leur travail est bon ou pas, alors, qu’ils seraient tout à fait capables d’évaluer eux-mêmes leur travail par autocorrection.

Le jargon de l’Éducation nationale s’est largement transformé dans toutes les matières. L’élève est devenu un apprenant ; les parents, des géniteurs d’apprenants ; comprendre, c’est induire du sens ; un texte, une masse langagière ; un stylo, un outil scripteur ; le vocabulaire, un capital lexical ; la conjugaison et la grammaire, l’observation réfléchie de la langue (ORL) ; les conjonctions de coordination et de subordination et certains adverbes, les connecteurs logiques et temporels ; la rédaction, production d’écrit ; une matière, un champ disciplinaire ; le contrôle avant la leçon, une évaluation diagnostique ; un contrôle après la leçon ; une évaluation conclusive ; le chant, une activité vocale ; etc.

Comment un parent peut-il aider son enfant ? La conséquence est que ce sont les milieux moins favorisés qui en pâtissent car les milieux privilégiés ont les moyens de payer à leur enfant des cours particuliers supplémentaires ou des écoles privées qui fonctionnent comme avant.

Depuis les années 70, toutes les réformes ont été soi-disant faites pour permettre au plus grand nombre d’élèves d’acquérir des diplômes dans un soucis d’égalité des chances. Or, c’est l’inverse qui se produit, les inégalités n’ont jamais été aussi élevées et les illettrés sont de plus en plus nombreux. Les élèves qui réussissent le mieux sont suivis par les parents.

Alors ? Pourquoi maintenir des pédagogies qui entrainent 40% des enfants dès l’entrée en CP en échec scolaire et à le rester toute leur scolarité[12] ? Pourquoi maintenir des pédagogies qui ne font qu’accroitre le déclin de l’école ? Pour obtenir 80% de réussite au BAC, le BAC est mis au niveau des élèves.

« Pour noyer les esprits, depuis des décennies, on substitue au raisonnement et à l’intellect des fonctionnements par émotions et par images, notamment grâce à la publicité. On empêche l’Homme de penser pour mieux le manipuler » Yann Carrière, docteur en psychologie

« L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre qui fait travailler le grand et, nourrit par lui, il le gouverne » Voltaire

Face au travail des professionnels cités dans nos articles et, surtout, face à leur résultat, nous sommes en droit de penser qu’il est possible de faire autrement et qu’il est possible à tous d’arriver à donner le meilleur de lui-même.

Catherine Chemin


[1] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[2] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2012

[3] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[4] Rapport de l’Institut Montaigne avril 2010

[5] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au Collège de France

[6] Voir Cécile Alvarez

[7] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire

[8] Docteur Ghislaine Wesstein Baddour et Stanislas Dehaene : chapitre sur l’apprentissage de la lecture

[9] Etude du rapport des mots dans une phrase.

[10] Etude des différentes propositions d’une même phrase.

[11] Eveline Charmeux est professeur honoraire de l’IUFM de Toulouse, chercheur associé à l’INRP durant vingt cinq ans, auteur de nombreux ouvrages sur la didactique de la langue maternelle et la lecture.

[12] Rapport Haut Conseil de l’Education de 2007 sur l’école primaire