Les travaux de Chantal Wyseur en complément de la méthode Davis

Bibliographie Pensée en images, dyslexie, dys...

Chantal Wyseur, de part sa formation à la méthode Davis, son expérience de professeur en sciences humaines et son expérience de soutien scolaire, nous apporte un complément d’informations très enrichissant qu’elle nous livre dans Le Cerveau atemporel des dyslexiques.

Elle a remarqué, tout comme Davis, qu’un tiers à un quart des enfants avait un comportement relativement équivalent à certains points du penseur en 3D mais sans forcément les inconvénients que l’on nomme dyslexie. La différence semble être liée au moment où la pensée langagière se met en place (la petite voix dans notre tête). Pour Chantal Wyseur et Ronald Davis, un enfant penseur en 3D peut avoir sa pensée langagière qui se développe seulement vers 9 ans et même plus tard, vers 13/14 ans. Tant que la pensée langagière ne s’est pas mise en place, un enseignement classique avec des explications verbales ne peut convenir. Chantal Wyseur a observé que cette petite voix intérieure peut se mettre en place tout d’un coup !

Il semble que plus l’enfant parle correctement tard (4/5 ans), plus cette pensée langagière se met en place tard (9/13 ans), plus il peut avoir des difficultés en fonction aussi de la pédagogie utilisée. Chantal Wyseur a constaté que « cette pensée verbale intérieure n’existe pas chez les enfants très dyslexiques ». Pour Chantal Wyseur, la grande difficulté du penseur en 3D sans petite voix intérieure va être de se construire des images mentales car le penseur en 3D a du mal à garder une image fixe dans sa tête. Forcément, celle-ci bouge, vibre, disparaît, réapparaît, se modifie. D’où la difficulté, par exemple, à apprendre les lettres car il a plusieurs images de chaque lettre en tête et chacune est vibrante de vie, associée à des sentiments, des impressions, des couleurs, des bruits et même parfois au goût ! Il n’arrive pas à sélectionner celle qui lui permettrait de l’appréhender. La meilleure façon pour lui de les dompter pour qu’elles ne bougent plus est de les fabriquer en 3D.

Difficultés de concentration

Les penseurs en 3D ont une notion du temps complètement différente de la norme. Leur temps est élastique, dilaté ou rétracté suivant l’action du moment. Différentes images ou scènes se superposent dans leur tête, se succèdent, défilent beaucoup trop vite… Il ne peut capter son attention sur une chose. Pour Chantal Wyseur le penseur en 3D peut observer un ensemble de choses et mémoriser une grande quantité de détails sans pouvoir décrire ce qu’il a vu de manière objective et précise. Au contraire, il est incapable d’en parler. Pourtant, il a fait inconsciemment une synthèse et sait des choses mais il est incapable de les communiquer. Par contre, des détails lui reviendront.. s’il en a besoin ! C’est lui « qui pourra vous dire la semaine suivante que le sirop pour la toux se trouve dans le bac à légumes de gauche du réfrigérateur ». Si le penseur en 3D observe un tableau, par exemple, il ne va pas regarder les détails, il va voir des parties s’animer, il va chercher un climat, une ambiance. S’il se réoriente et qu’il arrive à observer un détail, tout redeviendra inerte mais il sentira moins le climat… C’est une autre façon de regarder. S’il doit regarder des détails au milieu d’un ensemble dans un certain ordre, en suivant un sens imposé, il ne peut regarder dans l’ordre préétabli. L’ordre par lequel il passe d’un détail à l’autre se fait selon son inclination personnelle (une émotion, un goût particulier, une attirance…).

Chantal Wyseur constate que les facultés d’imagination, de créativité et d’intuition sont très rarement évaluées à l’école. Les valeurs scolaires se situent plutôt dans un monde plus abstrait, difficilement accessible au penseur en 3D. Ces enfants peinent énormément pour arriver à faire ce qu’on leur demande et peuvent finir par penser qu’ils sont vraiment nuls puisqu’ils n’y arrivent pas ou de penser qu’ils sont fous puisqu’ils ont l’intuition au fond d’eux d’avoir des capacités. L’école demande la plupart du temps « une observation objective qui ne s’obtient qu’en étant en projet d’être attentif. Cela implique une anticipation mentale, laquelle guidera notre pensée et nous invitera à prendre les informations dans un certain ordre, à les identifier en suivant un sens, tout en limitant l’observation à un cadre donné ». « Malgré de grandes capacités dans le domaine concret, la personne dyslexique peut se sentir en dysharmonie par rapport à la société actuelle. Elle ressent un manque de confiance en elle car son premier contact social prégnant – l’école – n’a pas reconnu sa façon d’accéder au sens. Tout change à partir du moment où le dyslexique utilise la pensée verbale intérieure. Bien qu’il me soit impossible d’en déduire une vérité scientifique, j’ai pu observer ce phénomène plusieurs fois de façon précise ».

Reprenons les cinq gestes mentaux d’Antoine de La Garanderie : attention, mémorisation, compréhension, réflexion et imagination créatrice. Voici ce que Chantal Wyseur nous dit pour l’enfant qui pense en 3D :

Attention : Ils ont particulièrement besoin de démarrer par du concret car leur attention est sélective. Ils peuvent démarrer par des choses abstraites s’ils ont pu, au préalable, les ressentir avec leur corps. Il faut souvent les ramener sur terre car ils peuvent s’évader en imagination sur un mot, une idée… Il faut donc favoriser les supports concrets, si possible en 3D avec lesquels ils peuvent s’imaginer en action ou l’imaginer en action. « L’interprétation des questions et des textes écrits pose un problème, même si la lecture est parfaitement acquise. L’accroche mentale se fera toujours sur un mot de la question ou sur une phrase du texte qui fait vibrer ‘’corporellement’’, au risque de déformer l’information ».

Mémorisation : elle « se fait depuis des scènes, des mouvements vécus. Le corps a mémorisé les ambiances, les visages, les émotions ; il a retenu un mouvement. C’est comme une suite de plans dans un film. Il s’agit d’une mémorisation inconsciente, qui n’est pas très efficace pour des contenus scolaires classiques ».

Compréhension et réflexion : elles « ne fonctionnent bien que lorsqu’il s’agit de faits se rattachant à la vie, au réel concret, surtout si des facteurs humains y sont imbriqués. La compréhension ne se fait pas en fonction de l’évocation auditive ou visuelle, mais dans une action imaginaire en 3D à une allure vertigineuse. La recherche de sens est de trouver une solution pratique à un problème concret ». « La réflexion prendra appui sur des acquis mémorisés, des souvenirs d’actions ressemblant à celle à résoudre ».

Imagination créatrice : elle « est omniprésente. Parti dans son monde en 3D, le dyslexique peut créer avec une grande rapidité toutes les formes qu’il veut en partant de formes connues. Il doit s’en empêcher pour rester ‘’sur terre’’. Le geste d’imagination est tellement vivace et vagabond qu’il pollue le geste d’attention ».

Un point particulièrement important pour le penseur en 3D est de donner du sens à ce qu’il doit apprendre. Pour donner du sens, il a besoin de savoir rapidement à quoi va servir ce qu’il doit apprendre, il lui faut une vision globale de l’information avant d’apporter les détails. Et surtout, il faut qu’il soit acteur ! « Quand tout est codé, découpé au départ, il n’y a pas de sens. L’enfant ne peut pas se sentir en action, en train de construire. Il n’y a que de ‘’l’obéi…sens’’ pour des savoirs desséchés et désossés. Les concepteurs de jeux vidéos ont mieux compris comment fonctionnaient les enfants : s’ils ne savent pas se décrocher de leur écran c’est bien parce qu’ils sont en action, en mouvement, comme s’ils vivaient eux-mêmes l’aventure. Ils sont en action imaginaire dans un scénario dans lequel ils sont acteurs, alors qu’à l’école ils étudient un schéma de la digestion comme s’ils n’avaient pas d’œsophage ni d’estomac ! » Beaucoup d’enfants parlent de cours morts et de cours vivants… Les penseurs en 3D ont souvent beaucoup de mal à comprendre les notions abstraites, aussi l’information devrait d’abord passer par le corps et toute notion abstraite doit être présentée en 3 D. Pour cela, la pâte à modeler est vraiment un très bon moyen « Il accède donc au sens par le tact et le mouvement et il complète ce travail mental par l’acquisition des correspondances en langages et en 2D. Il peut dès lors utiliser l’information de façon conceptuelle. Il comprend qu’il s’agit d’une convention et il ne tentera pas de transformer la lettre en un être vivant, vibrant d’émotions. S’il ne trouve pas l’énergie qui lui permet de faire la traduction d’un code présenté sous une forme qu’il ne peut accepter, il aura toute sa vie des problèmes avec le code écrit ».

Chantal Wyseur nous parle de Maria Montessori qui « avait stigmatisé l’autoritarisme en matière éducative qui brisait l’élan vital de l’enfant ». Pour elle aussi, l’école n’a pas progressé : l’autoritarisme n’est plus de mise mais la personnalité de tous les enfants n’est toujours pas respectée « De nombreux enfants pensent qu’à l’école, il faut penser avec un cerveau spécial qui n’est pas leur propre cerveau ». Ne se sentant pas reconnus dans leur fonctionnement, ils dépensent énormément d’énergie à ressembler à ce que l’on attend d’eux. « Ils étouffent leur potentiel et leur intelligence par excès de conformisme. Leur don est gâché ». « En ne reconnaissant pas leur façon imaginative et ‘’multidimensionnelle’’ en 3D d’appréhender le monde, on tue dans l’œuf leur projet de sentir, de vivre, et tout simplement d’être. L’enfant dyslexique devrait être informé de son propre fonctionnement ».

Ces enfants ont particulièrement besoin d’être valorisés, d’obtenir qu’on leur fasse confiance, que l’on se débarrasse de notre savoir et de nos préjugés afin d’être disponible pour écouter et observer. Ces enfants sont plus curieux, créatifs, imaginatifs, intuitifs… Il ne faut pas le gâcher mais le cultiver !

Catherine Chemin