Les travaux de Ronald Davis : pensée en images et dyslexie

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Lorsqu’un enfant a développé une dyslexie, il peut réapprendre à lire correctement. La plupart des enfants qui ont des problèmes de dyslexie vont chez un orthophoniste mais tous les orthophonistes n’obtiennent pas les mêmes résultats. Il n’existe pas actuellement de méthode particulière en France pour palier à la dyslexie. Beaucoup d’ orthophonistes élaborent eux-mêmes leur méthode et il faut compter au moins trois ou quatre ans pour obtenir des premiers résultats, voire beaucoup plus d’années, mais les résultats ne sont pas toujours flagrants.

Une méthode très efficace pour rééduquer les dyslexiques est celle de Ronald Davis qui est lui-même dyslexique. A 18 ans, il était incapable de lire, écrire et orthographier, malgré un QI de 137 révélé très tardivement. Un médecin lui a même dit qu’il devait avoir eu le cerveau endommagé à la naissance.

A 38 ans, il découvre un procédé pour pallier à son handicap… Ronald Davis a ouvert de nombreux centres aux États-Unis qui permettent aux enfants, comme aux adultes, de comprendre leur désorientation dans certaines situations et d’apprendre à contrôler cette désorientation à travers différents exercices. La plupart des personnes ne sont plus dyslexiques en trois mois. Les deux livres de Ronald Davis, Le Don de dyslexie et Le Don d’apprendre, sont édités en français et regroupent tous les exercices élaborés pour remédier à ce dysfonctionnement. Un parent peut donc rééduquer son enfant dyslexique avec les deux livres de Ronald Davis. Quelques personnes commencent à être formées en France.

Qu’est-ce que la dyslexie ?

La dyslexie est le symptôme des difficultés dues à certains procédés d’apprentissage chez les personnes ayant une pensée en images. Nous verrons que l’enfant pensant en images a besoin d’associer son corps aux sons, qu’il a besoin que soit donné du sens aux mots qui n’évoquent pas d’images mentales. Il a besoin d’apprendre d’une manière visuelle et a besoin d’être aidé pour construire sa pensée langagière.

Pour être dyslexique, il faut : penser en images, être désorienté et être dans la confusion. La désorientation est un changement de perception de l’image qui fait que la réalité est déformée. Lorsque ce processus est contrôlé, la personne peut voir du 2D en 3D par exemple. Lorsque ce processus n’est pas contrôlé, il devient un handicap : la dyslexie. Concrètement, laissons Ronald Davis[1] nous expliquer ce qui se passe pour l’enfant qui pense en images.

Si les dyslexiques ne développent pas tous les mêmes dons, Ronald Davis a remarqué qu’ils ont tous en commun certaines fonctions mentales : - ils peuvent utiliser l’aptitude de leur cerveau pour transformer ou créer des perceptions ; - ils sont très conscients de leur environnement ; - ils se montrent plus curieux que la moyenne des gens ; - ils pensent essentiellement en images plutôt qu’en mots (adultes) ; - ils sont très intuitifs et perspicaces ; - ils pensent et perçoivent de manière multidimensionnelle (en utilisant tous leurs sens) ; - ils sont capables de vivre la pensée comme si c’était la réalité ; - ils ont une imagination très vive.

Si ces capacités ne sont pas supprimées ou détruites par les parents ou le système éducatif, elles peuvent engendrer une intelligence supérieure à la normale et une créativité extraordinaire.Pour Ronald Davis, la dyslexie « est un produit de la pensée et une manière particulière de réagir à un sentiment de confusion ».

Les dyslexiques ont peu ou pas de dialogues internes. La difficulté pour la lecture va résider dans le fait de devoir lire des mots qui n’évoqueront pas d’images visuelles. Ce sera le cas pour les déterminants, les conjonctions, les prépositions, les mots abstraits, les mots inconnus… Ronald Davis nous explique dans Le Don de dyslexie ce qui se passe réellement pour un enfant dyslexique en apprentissage de lecture qui doit lire : ‘’le cheval brun sauta par-dessus le mur de pierre et traversa le pré’’. L’enfant qui pense en image commence à lire ‘’le’’. Ce mot « a provoqué un blanc dans la représentation mentale parce qu’il n’existe pas d’image de celui-ci. Une image blanche est l’essence même de la confusion. Aucune expérience ne peut rivaliser avec cette impression. En se concentrant cependant, l’enfant surmonte le ‘’blanc’’ et dit ‘’le’’ et s’oblige à passer au mot suivant. Le mot ‘’cheval’’ suscite une image mentale de cheval sans couleur définie. En se concentrant, l’enfant dit ‘’cheval’’. Le mot ‘’brun’’ transforme l’image de cheval en cheval de cette couleur. Continuant à se concentrer, il dit ‘’brun’’. Le mot ‘’sauta’’ fait s’élever le poitrail du cheval brun. L’enfant continue à se concentrer en disant ‘’sauta’’. Le mot ‘’par-dessus’’ fait s’élever l’arrière-train du cheval brun. Toujours en se concentrant, l’enfant dit ‘’par-dessus’’. Le mot suivant ‘’le’’ provoque un nouveau blanc. La confusion chez le lecteur augmente mais le seuil n’est pas encore atteint. L’enfant doit redoubler de concentration pour passer au mot suivant. Il risque alors d’omettre le mot ’’le’’. Le mot ‘’mur’’ produit une image de mur. Redoublant de concentration, il dit ‘‘mur’’. Le mot ‘’de’’ provoque un nouveau blanc et le redoublement de la concentration. Le mot suivant ‘’pierre’’ transforme le mur en mur de pierre. Toujours très concentré, l’enfant dit ‘’pierre’’. Le mot suivant ‘’et’’ provoque un nouveau blanc. Cette fois-ci le seuil de confusion est atteint et l’enfant devient désorienté. Il est à nouveau arrêté, plus confus. Il redouble de concentration. Le seul moyen de pouvoir continuer est d’accroître son effort de concentration. Mais maintenant qu’il est désorienté, les symptômes dyslexiques apparaissent. Il est très probable qu’il oubliera de dire le mot ‘’et’’ ou qu’il le remplacera par ‘’un’’ ou ‘’le’’. A ce point, il n’a plus de perception précise des mots qui se trouvent sur la page. Il dépense désormais des efforts et une énergie considérables pour se concentrer, simplement pour pouvoir continuer. Le mot suivant ‘’traversa’’ est transformé en ‘’traverse’’ parce qu’il est désorienté. Il se voit en train de traverser une rue sans aucune relation avec l’image du cheval. Puis, il dit ‘’traverse’’. Le mot ‘’le’’ provoque un nouveau blanc dans l’image. L’enfant est de nouveau arrêté, encore plus confus et toujours désorienté. Son seul recours est de quadrupler sa concentration. Il en oublie alors de dire ‘’le’’. La désorientation lui donne un sentiment de vertige. Il a mal au ventre, les lettres et les mots tournoient sur la page. Il doit déchiffrer chaque lettre l’une après l’autre, pour arriver à prononcer le mot ‘’pré’’. Il voit alors un lieu couvert d’herbe. Bien que désorienté par ses efforts supplémentaires et l’énergie dépensée pour lire chaque lettre, il dit le mot ‘’pré’’ correctement. Parvenu à la fin de la phrase, il referme le livre et le met de côté. En voilà assez ! » Bien évidemment, l’enfant n’a pas compris ce qu’il a lu et une relecture n’y changera rien !

Déjà, dans le langage oral, l’enfant qui pense en images a beaucoup de mal à intégrer les mots qui ne correspondent pas à une image mentale. Tant que ces mots ne sont pas intégrés oralement, tant qu’ils n’ont pas de sens oralement, il est très difficile pour lui de les lire puisqu’ils provoquent des ‘’blancs’’. La confusion augmente jusqu’à la désorientation au 5ème mot qui provoque un blanc. « Tant que les mots déclencheurs ne seront pas compris et qu’il ne saura pas les utiliser au sein de ses processus de pensée, toute tentative de correction ne fera qu’aggraver le problème ».C’est cette désorientation qui modifie la perception visuelle qui fait que la perception du symbole change et se déforme : les lettres et les mots sortent réellement de la page pour l’enfant, se retrouvent en 3D, se mettent à danser, l’enfant les voit s’inverser ou se retourner en 3D.

Ronald Davis a fabriqué une machine à vertige : un grand disque, sur lequel il a dessiné une spirale, fixée sur un tourne-disque vertical. Tous (dys et non dys) en fixant cette spirale qui tournait avaient du mal à estimer le temps passer, avaient du mal à répéter des phrases difficiles à prononcer, et à conserver leur équilibre. Les jeunes dys ont tout de suite reconnu une désorientation similaire à celle éprouvée en lisant. Un jeune s’est exclamé au milieu de l’expérience : « C’est ça ! C’est ma dyslexie ! C’est ce que je ressens quand je dois lire ! » il ajouta après « J’aimerais vraiment que mon père vienne s’asseoir devant ce truc. Quand il commencerait à dégobiller, je lui dirais que c’est de la paresse ! ».

« La dyslexie ne devrait pas être qualifiée de trouble de l’apprentissage. Il serait plus juste de la définir comme un désavantage dû au conditionnement. » Ronald Davis

La désorientation subie

La désorientation est subie si un symbole ou un mot écrit ne s’accompagne pas d’une image mentale et d’une signification, ce qui engendre des erreurs. Lorsque la désorientation est subie : c’est la dyslexie, le TDA, la dyscalculie, la dysgraphie…Ronald Davis donne quelques exemples de symptômes de la désorientation en fonction des sens. Il est possible qu’un enfant ait plus de difficultés avec un sens en particulier ou plusieurs.

La vision : les formes et séquences de lettres ou de chiffres paraissent changées ou inversées ; les lettres ou les chiffres donnent l’impression de bouger, de disparaître, de grossir ou de rétrécir ; les mots sont épelés de manière erronée ou incohérente ; des mots ou des lignes sont omis au cours de la lecture ou de l’écriture ; la ponctuation ou les majuscules sont omises, ignorées ou ne sont pas vues ; des mots ou des lettres sont omis, transformés ou substitués au cours de la lecture ou de l’écriture.

L’ouïe : certains sons du discours sont difficiles à émettre ; des sons erronés sont entendus ; la personne donne l’impression de ne pas écouter ou de ne pas entendre ce qui est dit ; les sons sont perçus comme s’ils étaient plus doux, plus forts ou provenant de plus loin ou de plus près qu’ils ne le sont en réalité.

L’équilibre et le mouvement : vertige ou nausées pendant la lecture ; mauvais sens de l’orientation ; incapacité à rester assis tranquillement ; graphisme malhabile ; problème d’équilibre et de coordination ;

Le temps : hyperactivité ; hypoactivité ; peine dans l’apprentissage des concepts mathématiques ; difficultés à être ponctuel ou à savoir lire l’heure ; rêvasse trop ; perd aisément le cours de sa pensée ; difficultés à mettre dans le bon ordre.

« Lorsque nous montrons à un dyslexique comment désactiver les désorientations dès qu’elles se produisent et que nous l’aidons à identifier et à maîtriser l’information symbolique qui a déclenché cette désorientation, les problèmes de lecture, de maths, d’écriture et d’orthographe commencent à disparaître ».

Un enfant pensant en images peut avoir comme difficulté :

- l’apprentissage de la lecture
- l’orthographe
- l’apprentissage du calcul
- expliquer comment il résout un problème puisqu’il l’a résolu dans sa tête avec des images et non avec des mots
- l’orientation gauche-droite
- suivre des directions, suivre des instructions séquentielles
- apprendre à lire l’heure
- être à l’heure
- apprendre les notes de musique
- la coordination des mouvements en sports et en danse
- l’ordre chronologique

Pour Ronald Davis, désorientation et troubles de dyslexie apparaissent lorsque l’enfant commence l’apprentissage de la lecture alors que pour le TDA, nous le verrons plus loin, les effets de la désorientation se produisent pendant le développement de la petite enfance.

Les solutions de Ronald Davis

La découverte révolutionnaire de Ronald Davis est d’avoir trouvé comment maîtriser la désorientation.Ronald Davis explique que lorsque nous fermons les yeux pour penser à quelque chose, ce que nous voyons n’est pas forcément vu avec les yeux mais avec un « épicentre de la perception » qu’il appelle l’œil imaginaire. Il situe cet œil imaginaire derrière et un peu au-dessus de la tête. Il a découvert que lorsque l’œil imaginaire s’éloigne de ce point de référence, cela entraîne des changements de perception, toutes les perceptions (la vue, l’ouïe, l’équilibre, le mouvement…à part le goût), y compris le sens du temps. R.D. a mis au point différents exercices qui permettent au penseur en images, devenu dyslexique à cause des désorientations subies, de contrôler son œil imaginaire. C’est un acte volontaire, un peu comme s’il avait un interrupteur mental car lui seul peut faire bouger son œil imaginaire. Le penseur en images pouvait passer volontairement en mode désorientation dès la petite enfance pour percevoir le monde de façon multidimensionnelle afin d’en tirer un maximum d’informations. Avec ces exercices, il peut stopper la désorientation qu’il n’a pas provoquée. La présence d’un œil imaginaire peut sembler surnaturel, c’est pourtant une particularité des vrais dyslexiques/penseurs en 3D !

L’enfant qui ne contrôle pas son œil imaginaire et qui est en état de désorientation subie ne perçoit pas le monde tel qu’il est réellement, ses perceptions ne sont pas justes. Il « ne sait plus ce qui est juste ou faux et il réagit émotionnellement. Ces émotions négatives provoquent des frustrations, c’est pourquoi il invente des solutions compulsives pour masquer ses problèmes ». Pour Ronald Davis, les phénomènes apparaissent dans cet ordre : désorientation ; erreurs de perception ; émotions négatives ; frustrations ; solutions compulsives.

La lecture : pour Ronald Davis, l’enfant dyslexique a besoin de pouvoir penser avec les symboles et les mots qui déclenchent chez lui la désorientation. Même si ces mots font partis de son vocabulaire, il ne saurait sûrement pas les définir. Il faut aider l’enfant à se créer des images mentales avec ces mots, et lui permettre d’être très créatif ! « Une fois que tous les mots déclencheurs sont maîtrisés, le dyslexique ne souffre plus de troubles de l’apprentissage. Et donc les solutions compulsives n’ont plus raison d’être ».Pour aider l’enfant à comprendre le sens des mots qui n’évoquent pas naturellement d’images mentales, Ronald Davis préconise de les faire représenter par l’enfant en plasticine, argile ou pâte à modeler, donc en 3 D. Cette représentation en 3D peut se faire pour les déterminants, les prépositions, les adverbes… et également pour les notions abstraites

Orthographe : pour Ronald Davis, il est très difficile de faire appliquer les règles par un dyslexiques à cause des exceptions. Il peut appliquer la règle mais à la lettre ! Pour lui, le meilleur moyen est que l’enfant lise beaucoup, qu’il épelle et il faut être patient !

La dysgraphie : lorsque l’enfant a des problèmes d’écriture, il peut y avoir plusieurs raisons : - l’enfant a du mal à tracer les lettres dans le bon sens car le modèle danse ! L’enfant peut les modeler dans de l’argile. Ainsi matérialisées en 3D, elles ne bougeront plus et il pourra les reproduire, - l’enfant a reçu plusieurs directives sur la manière d’écrire. A chaque modèle, il s’est construit une image mentale. Lorsqu’il doit écrire le mot, ces images mentales multiples se superposent et il essaye avec un seul trait de toutes les respecter. Le mot écrit se tortille… Il faut privilégier dès le départ 1 seul modèle de lettre, - certaines lettres provoquent une désorientation lorsque l’enfant essaye de les tracer. Il faut lui faire tracer en grand dans l’espace, puis en grand sur du papier jusqu’à ce que la désorientation ne se fasse plus. Puis, l’enfant écrit plus petit, - il peut y avoir aussi un problème de préhension du stylo. L’enfant peut dessiner avec un marqueur sur de très grandes feuilles, puis réduire le support petit à petit.

La dyscalculie : pour apprendre les mathématiques, il faut que l’enfant maîtrise absolument les notions de bases suivantes : - le temps : la mesure du changement par rapport à une référence ; - la séquence : la manière dont les choses se suivent les unes les autres, en termes de quantité, de taille, de temps, d’ordre arbitraire et d’importance ; - l’ordre : chaque chose bien à sa place, dans la bonne position et en bon état.

Nous avons vu que pour un enfant dyslexique, la désorientation empêche d’intégrer les concepts de temps, séquence et ordre. L’enfant dyslexique doit absolument maîtriser ces notions de base pour apprendre les mathématiques, sinon il les mémorisera sans les comprendre et développera une dyscalculie.

Peut-on éviter la dyslexie ?

Avec un apprentissage adapté, l’enfant peut apprendre à lire sans développer de dyslexie. Par exemple, la pédagogie Montessori est parfaitement adaptée pour ne pas développer ce dysfonctionnement chez les enfants pensant en image pour plusieurs raisons :

  • L’enfant se prépare à écrire avec le matériel de vie pratique qu’il utilise en allant de gauche à droite, de haut en bas et en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre (un enfant dys à tendance à faire le contraire).
  • L’enfant apprend les lettres en touchant les lettres rugueuses (lettre découpé dans du papier de verre collée sur un support en bois). Il touche en disant le son. Il intègre donc le son par l’ouïe et le toucher. Ronald Davis fait faire les lettres en 3D en pâte à modeler pour que l’enfant puisse les toucher.
  • Avec la pédagogie Montessori, l’enfant commence par écrire des mots qui sont en images. Entre 3 et 6 mois après, il entre seul dans la lecture. Dès que l’enfant commence à lire un mot, nous lui proposons des billets à lire que l’enfant pose sur l’objet correspondant. Donc, dès que l’enfant commence à lire, il est amené à donner du sens à ce qu’il lit.
  • Dès que l’enfant lit bien un mot, nous présentons les déterminants avec différents objets (donne-moi un crayon parmi tant d’autre, donne-moi le crayon rouge...) et nous présentons l’adjectif (donne-moi la feuille rouge, donne-moi la feuille cartonnée, donne-moi la feuille déchirée, donne-moi la feuille carroyée…). Puis, nous commençons la grammaire avec des groupes nominaux : déterminants + nom + adjectif ou déterminants + adjectif + nom ou déterminants + adjectif + nom + adjectif. A chaque fois, l’enfant lit le groupe nominal, puis nous posons les questions suivantes : de quoi parle-t-on ? (pour trouver le nom) ; quel est le mot qui indique s’il y en a un ou plusieurs ? (pour trouver le déterminant) ; comment est ce dont on parle ? (pour trouver le ou les adjectifs). L’enfant prend rapidement l’habitude de donner du sens aux déterminants qui sont sujets à provoquer des ‘’blanc’’, ce qui l’aide à construire sa pensée verbale.
  • Quelques mois après ce travail, nous introduisons le verbe puis la préposition. La préposition fait aussi l’objet d’une présentation avec des objets : « met le chien dans la niche », « met le tracteur derrière la ferme », « pose le vase sur la table »… Tout cela aide l’enfant à se créer les images mentales nécessaires pour la lecture. Pendant de longs mois, l’enfant lit des expressions de trois ou quatre mots, puis des petites phrases sur lesquelles il travaille et donne du sens. Il n’a donc pas l’occasion de se retrouver en mode de désorientation.
  • Lorsque l’enfant commence à lire un peu mieux, nous lui donnons des ordres à lire et à accomplir aussitôt qu’ils sont lus : « ouvre la porte », « ferme le tiroir », « arrose les plantes », « prend trois amandes et mange-les »… Tout cela aide l’enfant à donner du sens à ce qu’il lit et l’aide à construire sa pensée verbale. L’enfant se lancera dans des lecture plus longue lorsqu’il sera prêt.

Peut-on éviter la dyscalculie ?

La pédagogie Montessori, par exemple, ne développe pas de dyscalculie car l’enfant apprend très tôt par de nombreuses activités, les concepts de temps, de séquences et d’ordre.

  • Dès 3 ans, l’enfant apprend la notion de ‘’avant’’ et ‘’après’’ par ‘’les images séquentielles’’. L’enfant doit poser 2 images dans un tableau de deux colonnes (avant et après) en justifiant son choix, ce qui se passe avant et ce qui se passe après. Puis, l’enfant passe à 3 images sur un tableau à 3 colonnes (avant, pendant et après). Il doit aussi poser les images en justifiant son choix. Il classe ensuite 4 images vers 4 ans, 5 images vers 5 ans et 6 images vers 6 ans en racontant l’histoire qu’il suggère avec les images proposées. Les images séquentielles aident à intégrer la notion de séquence.
  • L’ordre est appris par le rangement du matériel de chaque activité : il sort du matériel, réalise l’activité puis range ce matériel avant de choisir un nouveau matériel. Chaque matériel à une place précise qui doit être respectée.

Avec la pédagogie Montessori, les premiers symboles de calcul sont présentés à l’enfant après une présentation de l’opération. Par exemple, pour l’addition, nous préparons à l’enfant 3 quantités en symboles sur 3 plateaux et l’enfant prépare ces quantités avec les perles sur chacun des plateaux. Ensuite, nous annonçons à l’enfant que nous allons faire une addition, nous allons ajouter toutes ces quantités. Elles sont mises l’une après l’autre sur un grand plateau sur lequel a été étalé un foulard, le tout devant nous. A chaque fois que l’enfant apporte des milliers ou des centaines ou autres, nous nous exclamons : « oh la la ! tu m’en donne encore ! J’en ai beaucoup, j’en ai de plus en plus… » Nous donnons le plus possible de vocabulaire pour montrer à l’enfant qu’additionner, c’est ajouter. Lorsque toutes les perles sont sur le foulard, nous prenons les 4 coins et le soulevons en nous exclamant que c’est très lourd tellement il y en a. Nous faisons porter le foulard plein de perles à l’enfant pour qu’il constate comme c’est lourd. Ensuite, nous comptons le résultat, nous écrivons l’opération et présentons le symbole de l’addition ‘’+’’, également le égal ‘’=’’ qu’il ne connaît pas encore. Ainsi, l’enfant est marqué par ces symboles.

Tous les concepts mathématiques sont représentés par un ou plusieurs matériels, ainsi l’enfant peut visualiser et manipuler à son rythme jusqu’à ce qu’il soit capable de passer à l‘abstraction.

Peut-on éviter la dysgraphie ?

La pédagogie Montessori, par exemple, ne développe pas de dysgraphie car l’enfant apprend les lettres avec son corps lorsqu’il les touche pour apprendre leur son. Il peut les tracer dans de la farine mise sur un plateau, il peut les écrire très grande au début si nécessaire, la taille est réduite petit à petit, ce que fait Ronald Davis pour palier à ce dysfonctionnement.

Catherine Chemin


[1] Fondateur du Reading Research Council et directeur du Dylexia correction Center, Ronald Davis est l’auteur de Le Don de dyslexie et Le Don d’apprendre.