Besoins cognitifs

Laissons la parole à Céline Alvarez qui a fondé la classe Montessori à Genevillers (en Zone d’Education Prioritaire) et qui a expliqué le 14 septembre 2013 à l’événement TEDxIsèreRiver organisé à Grenoble[1] l’importance d’utiliser, en pédagogie, les découvertes des sciences cognitives.

Les sciences cognitives[2], aujourd'hui, ont identifié quatre facteurs déterminants pour la vitesse et la facilité d’apprentissage :- Etre attentif ;- Etre engagé activement ;- Recevoir un retour d’information immédiat sur l’action effectuée : le signal d’erreur va permettre au cerveau d’ajuster les hypothèses qu’il est en train d’émettre sur l’action qu’il effectue et c’est le décalage entre la prédiction du cerveau et l’observation qui va créer la surprise et permettre l’apprentissage ;- La consolidation : lorsque nous sommes attentifs, engagés, et que nous avons des retours d’informations positifs sur l’action effectuée nous avons besoin de répéter pour consolider. Et cette répétition va permettre au savoir de s’automatiser.

Céline Alvarez pense que l’école doit se réorganiser de l’intérieur selon ces 4 principes. Ces mécanismes de base doivent être respectés pour que les enfants puissent s’épanouir au niveau scolaire. De plus, en respectant ces 4 paramètres, les compétences non cognitives - la confiance en soi, l’estime de soi, la capacité d’entraide, de coopération - se développent, sans avoir cherché à les provoquer. L’inégalité de résultats se creuse entre 0 et 6 ans. Or, aujourd’hui, l’école maternelle sollicite très très peu ces quatre paramètres de l’apprentissage. Actuellement, sur 3 heures de cours, il n’y a en moyenne que 30 minutes, 45 minutes en grande section, de moments dédiés aux apprentissages directs guidés par l’enseignant et l’activité n’est pas choisie par l’enfant, elle est imposée par l’enseignant. Il n’y a pas de décision, de motivation personnelle de la part de l’enfant. Il n’y aura donc que très peu d’attention, et très peu d’engagement. Le signal d’erreur que pourrait recevoir l’enfant va être très pauvre, très insuffisant parce que l’enseignant ne peut pas donner lui seul avec 30 enfants un signal d’information immédiat sur toutes les hypothèses de tous ces petits cerveaux qui vont être en train de travailler. Un enfant à qui l’on a imposé une tâche n’aura qu’une seule envie, surtout à 3 ans, c’est de s’en libérer pour pouvoir aller dans les coins jeux ou bibliothèque. Il n’y aura donc pas de répétition et pas de consolidation.

En utilisant la pédagogie Montessori, ces quatre principes sont parfaitement respectés. Céline Alvarez explique également à quoi est due la réussite de cette classe en ZEP selon la pédagogie de Maria Montessori :- l’autonomie : ils choisissent librement leur travail, ils sont motivés, ils veulent ce qu’ils font. L’enseignant peut s’occuper des enfants qui ont plus de difficultés;- chaque activité proposée réunit les paramètres cités ci-dessus ;- le contrôle de l’erreur : il se fait par le matériel, l’enfant cherche à se perfectionner, ce qui renforce l’attention et se reporte sur les autres formes d’apprentissage. C’est un cercle vertueux ;- le matériel proposé est sensoriel : les enfants ont besoin de toucher, d’intégrer sensoriellement afin de pouvoir intégrer intellectuellement ;- les enfants sont calmes, apaisés, heureux de travailler ;- les enfants sont mélangés de 3 à 6 ans afin de favoriser l’interaction sociale. L’enseignement devient horizontal, le savoir se partage entre les enfants ;- il n’y a pas de compétition, de comparaison mais une émulation constante.


Maria Montessori a élaboré une pédagogie qui respecte les périodes sensibles et les stades d’évolution de l’enfant et lui permet de développer pleinement sa personnalité et de devenir très vite autonome dans son travail. Des recherches l’ont amenée à constater que 20% seulement des humains ont une intelligence abstraite, alors que 80% ont une intelligence concrète. C’est pourquoi, toute notion nouvelle est représentée par un matériel et chaque difficulté est isolée. Ainsi, elle s’adresse à toutes les formes d’intelligence et respecte le rythme de chaque enfant qui travaille autant qu’il en a besoin avec chaque matériel.

Il est surprenant aujourd’hui de constater à quel point sa pédagogie est efficace avec tous les enfants. Stanislas Deheane, neuroscientifique, convient que la pédagogie de Maria Montessori est en totale adéquation avec le fonctionnement du cerveau :

  • la pédagogie respecte parfaitement le rythme de chaque enfant ;
  • l’enfant choisissant son activité développe bien plus de motivation et de renforcement positif ;
  • l’enfant développe au maximum tous ses sens, ce qui favorise la concentration avant d’aborder la lecture et le calcul ;
  • la concentration de l’enfant est élevée ce qui favorise l’acquisition et la rétention des informations ;
  • l’enfant est actif ! Il peut expérimenter, se tromper et recommencer, ce qui consolide les apprentissages ;
  • l’enfant apprend très tôt un vocabulaire riche, précis et technique ;
  • l’enfant travaille beaucoup la phonologie avant d’aborder l’apprentissage de la lecture…

[1] http://lamaternelledesenfants.wordpress.com/2014/0...

[2] Stanislas Dehaeane, professeur de psychologie cognitive au Collège de France