Régulièrement, je fais le point sur mon choix d’instruire mes enfants en famille. Etant donné que depuis pas mal d’années mon choix est devenu celui des deux plus grands et que depuis moins longtemps, il est devenu aussi celui de mon dernier, je peux déjà me dire qu’ils sont pleinement satisfaits de notre façon de vivre. Je tiens à dire pour les adhérents récents que je ne n’ai pas instruit mes enfants à la maison pour des raisons contre l’école, je n’avais pas le moindre ressentiment envers l’Education nationale à mes débuts bien que je m’y sois toujours ennuyée. Mon choix a été motivé uniquement par le bien de mes enfants et notre bien familial.

Après 16 ans d’instruction en famille, je me demande ce qui a été le plus profitable et le plus bénéfique pour nous. Voir mes enfants grandir, s’épanouir, découvrir et développer des passions bien-sûr, et c’est important. Mais n’y aurait-il pas quelque chose de plus profond encore ? Quelque chose qui leur aurait permis justement de s’épanouir pleinement, de découvrir et développer leurs passions ? En lisant par hasard cette citation de Georges Bernanos : « Le monde moderne n'a pas le temps d'espérer, ni d'aimer, ni de rêver », je me dis que ce sont bien là des notions essentielles que nous vivons pleinement dans notre quotidien d’instruction en famille et qui aident pleinement à la construction de l’enfant.

Espérer, car l’espérance nous permet d’avancer, de faire des projets, de nous dépasser. Il est difficile aujourd’hui de garder l’espérance au milieu du monde où nous vivons, déjà pour nous adultes, et surtout pour nos enfants. Quel monde leur laissons-nous ? Cela peut être plutôt déprimant pour certains tempéraments notamment, à moins d’avoir la capacité de donner son énergie pour être le meilleur et avoir la meilleure place. Quoi de plus naturel pour chasser la déprime que de se ressourcer en famille ! Comme dit Pestalozzi à propos de la famille : « Oh, c'est un lieu sacré que la demeure des hommes ; là, on apprend à se connaître, à se comprendre ; là, tout parle au cœur ; là, on s'aime comme nulle part ailleurs au monde ; là, tout est calme et tranquille. » C’est donc le lieu idéal, en principe, pour recharger ses batteries. En vivant en famille au quotidien, l’enfant baigne dans une ambiance positive, apte à conserver son espérance et concevoir des projets.

Aimer, car nous sommes des êtres de relation et nous sommes fait pour aimer. Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien, c’est vouloir qu’il grandisse, qu’il s’accomplisse dans ce qu’il est réellement. À une époque où les moyens de communication sont omniprésents, qu’en est-il des relations ? La communication actuelle est fondée sur la superficialité et le mensonge. On montre uniquement ce qu’on a bien envie de montrer et si tu ne penses pas comme moi, je t’exclus de mon groupe. Peut-on avoir des relations vraies dans ce contexte ? Je partage l’idée d’Albert Jacquard[1] que l’esprit de compétition annihile la relation : « On est en train de courir dans la pire des directions, la direction de la compétition, de la destruction des uns par les autres. La compétition est le moteur de notre société occidentale. On a besoin du regard de l’autre pour devenir moi. On a besoin de tisser des liens avec l’autre et d’être dans la juste relation. Lorsqu’on est en compétition avec l’autre, je ne tisse plus de liens. À l’école, on nous apprend la compétition. Être meilleur que l’autre ». Afin de développer des relations justes avec les autres et de pouvoir aimer les autres tels qu’ils sont, nos choix de vie peuvent influer. C’est donc bien dans cet optique que j’ai commencé à instruire mes enfants : pour leur épanouissement, leur construction personnelle et également pour qu’ils développent un mode de relation juste et vraie et qu’ils puissent aimer vraiment à leur tour, en voulant le meilleur pour les autres. Bref, la socialisation, quoi !

Rêver, car le rêve nous permet de construire du neuf, d’imaginer et de créer. Déjà, il faut du temps pour rêver ! Ah ! le temps… c’est une denrée rare aujourd’hui, même pour les enfants, qui ont souvent un agenda de ministre. L’imagination, c’est la capacité à voir ce qui ne peut être vu, à extrapoler la réalité invisible ou inconnue à partir de données connues. Cette imagination décrite par Maria Montessori n’a rien à voir avec l’imaginaire, ensemble de choses qui n’existent pas et qui envahissent de plus en plus notre quotidien. Mais pour avoir un bon imaginaire, il faut cultiver une bonne imagination, s’ouvrir au monde et savoir sortir des sentiers battus. Albert Jacquard affirme : « La compétition ne fait que sélectionner les plus conformes. Les conformistes ne sont pas capables d’imagination. » En instruisant nos enfants à la maison, nous sortons vraiment des sentiers battus et pouvons offrir à nos enfants du temps pour rêver, pour imaginer, pour créer.

Je pense que loin de soustraire nos enfants de la société, de les isoler, de les couper du monde comme nous pouvons l’entendre parfois, nous leur permettons de grandir et de se construire à leur rythme et selon leurs besoins et surtout d’espérer, d’aimer et de rêver. L’instruction en famille, c’est vivre, tout simplement !



[1] https://www.youtube.com/watch?v=9v9updAv018