Prendre la décision de ne pas utiliser l'outil "Education Nationale" n'est pas facile. Nous avons mis quelques années à nous décider : le temps de vérifier que notre engagement dans ce choix de vie était réel, et non seulement nourri de notre autosatisfaction à être d'accord sur le sujet, à être contre le système "imposé". Chacun comprend que l'on passe vite pour des anarchistes de l'Education, des ermites ayant peur de laisser partir leurs enfants. Ce n'est pas le cas. Notre conviction est forte. J'étais personnellement bon élève, un très bon élève assez souvent. Mais j'étais surtout surpris que l'école fût si violente, si oppressante, si empressée à apprendre par la crainte de la punition et par la différence de niveau entre les uns et les autres, par la comparaison. Aujourd'hui, je ne suis pas étonné que l'école n'ait pas changée : les acteurs de l'école sont incapables d'analyser leur propre fonctionnement, leurs méthodes et leurs résultats. Mais comment le peut-on quand on grandit à l'école, apprend son métier à l'école et enseigne à l'école ? L'école a besoin d'ouverture et de recul, justement ce qu'elle ne peut pas s'offrir dans le système actuel. Enseigner devrait être un choix de vie à un moment de la vie de chacun, et non pas une orientation après trois malheureuses années de fac, sans aucune expérience ni recul. Les études que j'avais choisies me destinaient, par vocation et conviction, à enseigner. J'avais choisi "instituteur", ce noble représentant (croyais-je à l'époque) de l'école républicaine. Mais j'ai entrevu mes futurs "collaborateurs" et me suis aperçu que ma vision de la société et de l'enseignement ne pouvait pas correspondre avec la leur et avec celle de l'Education Nationale. Deux choix s'offraient à moi : faire le métier et subir et me taire, ou ne pas le faire. Je ne le fis pas. Mais, fidèle à mes convictions, peut-être un jour le ferai-je lorsque je serai prêt et que l'école le sera... Lorsqu'il a fallu choisir pour mes enfants, nous avions déjà réfléchi depuis quelques années à la possibilité d'enseigner nous-mêmes à nos enfants. Ca fait peur. Ca nous bouleverse. Nous sommes confrontés à nos idées, nos convictions et nos choix. Nous ne sommes plus alors dans le registre des simples mots, dans des débats philosophiques et idéologiques. Nous sommes face à notre choix de vie. L'essentiel pour moi est là : faire un choix de vie en fonction de notre vision de la société. Le nôtre est de considérer que ce que nous avons de plus important à faire sur terre est d'éduquer nos enfants, de leur enseigner la communication, l'esprit scientifique, l'esprit artistique, de leur apprendre à apprendre et à avoir l'esprit critique dans la conscience de leur intelligence globale (l'intelligence du corps, l'intelligence émotionnelle, l'intelligence du cerveau, l'intelligence spirituelle), de leur faire comprendre l'importance de leur passage, comme faisant parti d'un tout avec la connaissance des générations. Tout ce que je sais l'école incapable de faire. Si l'école le fait occasionnellement, c'est dû aux capacités de l'enfant. Je trouve l'école d'aujourd'hui perdue, incapable de s'entendre sur son objectif principal, incapable de coller au besoin individuel d'apprendre et au besoin de la société de progresser. Je trouve l'école d'aujourd'hui communiste, au sens premier du terme : elle rêve d'une uniformisation impossible et peu souhaitable de l'enseignement et des savoirs quand il faudrait insister sur les intelligences et les capacités individuelles pour plus de richesses humaines. L'école d'aujourd'hui rêve idéologiquement de l'école républicaine qu'elle fût, peut-être, avant guerre. Moi, je rêve d'avenir. C'est pourquoi je mise sur la "ressource humaine", et je commence par mes enfants.