La CNV selon Thomas d'Ansembourg

Selon Thomas d'Ansembourg, disciple de Marshall Rosenberg, « La violence, intériorisée ou extériorisée, résulte d’un manque de vocabulaire : elle est l’expression d’une frustration qui n’a pas trouvé les mots pour se dire. Et pour cause : nous n’avons jamais acquis le vocabulaire de notre vie intérieure. Nous n’avons pas appris à décrire précisément ce que nous sentons ni quels sont nos besoins ». « La violence est en effet la conséquence de notre manque de conscience. Si nous étions intérieurement plus conscients de ce que nous vivons vraiment, nous trouverions avec plus d’aisance l’occasion d’exprimer notre force sans nous agresser mutuellement. Je crois qu’il y a violence dès que nous utilisons notre force non pour créer, stimuler ou protéger mais pour contraindre, que la contrainte s’exerce sur nous-mêmes ou sur les autres. Cette force peut être affective, psychologique, morale, hiérarchique, institutionnelle. Ainsi, la violence subtile, la violence en gants de velours, particulièrement la violence affective, est infiniment plus répandues que la violence qui se manifeste par des coups, des crimes et des insultes, et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle n’est pas nommée ». Pour lui, en grandissant, nous nous sommes petit à petit coupé de nos sentiments et de nos besoins, pour répondre à ceux de nos parents, de nos instituteurs, patrons, collègues… Ce qui engendre timidité, doutes, hésitations à prendre une décision, incapacité à faire un choix… C’est la compréhension intellectuelle qui a été encouragée, mais trop peu souvent la compréhension émotionnelle.

T.D’A. nous invite, pour aborder la CNV, à développer notre vocabulaire pour élargir notre conscience de ce que nous vivons, de nos émotions, nos sentiments et de prendre conscience de nos besoins, nos besoins fondamentaux. Lorsqu’un besoin n’est pas comblé, nous ressentons des sentiments désagréables comme la tristesse, la colère, la nostalgie… Si nous ne savons pas les décoder, notre malaise grandit devant notre impuissance et nous pouvons nous retourner contre quelqu’un, ou nous complaire dans des plaintes de ce que nous ne voulons pas. Il est primordial d’arriver à maîtriser la compréhension de nos sentiments désagréables, afin d’identifier nos besoins fondamentaux, donc de clarifier ce que nous voulons (mon besoin plutôt que mon manque). Pour lui, cela nous permet de vivre en adéquation avec nous-mêmes, nous aide à mieux écouter les besoins des autres, à être disponible et bienveillant à leur égard, à nouer des relations profondes, durables et nourrissantes. Mieux nous nous connaissons, mieux nous pouvons accueillir l’autre.

T.D’A. propose un processus à suivre afin d'être à l'écoute de ce que l'autre (et aussi moi-même) vit. Ce processus m’aide à clarifier ce que je vis. Il n'est pas l'empathie mais y donne accès, il n'est pas qu'une simple écoute : il m’aide à me relier efficacement à l'autre/moi. En voici la description :

♦ O pour Observation : il s’agit d’observer le plus objectivement possible une situation, une parole entendue ou que je dis (qui affecte mon bien-être par exemple) et d’énoncer les faits sans jugement, ni évaluation, ni interprétations, ni a priori. Cela ne doit pas être une critique qui pourrait engendrer de l’agressivité. C’est juste la constatation de faits que l’on ne peut nier.

♦ S pour Sentiment : l’observation suscite en nous des sentiments face à cette situation. Il s’agit d’exprimer mes sentiments après avoir identifié mon état émotionnel. Il faut éviter le jugement de l’interlocuteur, mais, énoncer ainsi mes émotions ne peut être contesté par l’autre car c’est ma vérité. Cela commencera automatiquement par « je » afin de prendre la responsabilité de mon ressentis et cela facilite une ouverture.

♦ B pour Besoin : mes sentiments me renseignent sur mes besoins qui sont à l’origine de mes sentiments éprouvés. Il s’agit de les identifier et de les clarifier et d’énoncer mes besoins.

♦ D pour Demande : ayant pris conscience de mes besoins, je peux formuler une demande. Il s’agit de demander à l’autre une action concrète, réaliste, positive et négociable.

Ce processus, ouvrant à la bienveillance, entraîne la relation sur un terrain plus harmonieux et invite l’autre à étudier également ses sentiments et ses besoins afin de proposer aussi une action concrète, réaliste, positive et négociable. La décision finale sera prise ensemble, dans un respect mutuel.

Pour bien identifier nos sentiments, il ne suffit pas d’utiliser le « je », il faut aussi différencier les sentiments vrais des sentiments comprenant une interprétation. Si je dis : « je suis triste, je suis en colère, je suis ému… », je n’accuse personne ; mais si je dis : « je me sens trahi, abandonné, rejeté, manipulé… », j’accuse l’autre. Pire encore, la manipulation affective : « je suis triste quand tu ne travailles pas, je suis content lorsque tu ranges ta chambre, je suis en colère quand tu n’obéis pas… » : d’une part, nous rendons l’autre responsable de notre état, que ce soit notre mal-être ou notre bien-être, d’autre part, nous lui donnons le pouvoir de déterminer notre bonheur ou notre malheur.

En ce qui concerne les besoins, le piège est de trouver des besoins à l’autre : « j’ai besoin que tu ranges ta chambre, j’ai besoin que tu sois calme… », ce qui, en cas de non réaction, peut entrainer des propos du genre : « Tu pourrais faire un effort, avec tout ce que je fais pour toi… ».

Une fois les sentiments et les besoins identifiés, reste la demande à formuler, de façon à laisser la possibilité à l’autre d’exprimer aussi ses sentiments et ses besoins, et d’accepter, de négocier ou de refuser notre demande. Car « c’est la liberté que nous nous donnons qui nous relie l’un à l’autre ». Le dialogue reste donc ouvert à l’autre, et de multiples solutions peuvent apparaître. Que nous ayons le même besoin ou des besoins différents, il s’agira de savoir comment, concrètement, combler ce ou ces besoins. « C’est la concertation qui permet d’inventer toutes sortes de solutions ».

Il peut arriver aussi que je sois seul face à deux besoins fondamentaux sans savoir lequel choisir car je sais que je forcerai une partie de moi et que je refoulerai l’autre. C’est aussi ce qui se passe lorsque j’agis par habitude ou par devoir. Par exemple, je suis une mère de famille qui, à un moment donné, est partagée entre le besoin d’être disponible à mes enfants et le besoin de finir mes tâches ménagères d’ici la fin de la journée. T.D’A. attire notre attention sur le fait que « Nos besoins ont plus besoins d’être reconnus que satisfaits ! ». Ainsi, il m’invite dans ce cas à me poser 2 minutes, à écouter mes besoins et accueillir les différentes parties de moi-même : d’une part mon besoin de disponibilité et d’accueil pour mes enfants et d’autre part mon besoin de me mettre à jour dans mes tâches ménagères. Prendre ce petit temps d’écoute de moi-même, permet de prendre conscience de ce qui m’habite, m’apaise et me permet de choisir sans avoir de regret.

Ce processus n’est pas simple à mettre en place car nous n’avons pas forcément l’habitude d’être attentif au moins à nos besoins, sinon à ceux des autres, et nous nous exposons à une certaine vulnérabilité, nous éprouvons notre orgueil. Mais l’avantage est de travailler à notre propre changement plutôt que d’attendre lechangement de l’autre. Ce processus nous permet de mettre à jour tous nos besoins et de constater qu’ils sont justes et légitimes, et de prendre conscience qu’ils ne peuvent pas être tous satisfaits. C’est pourquoi la CNV doit être abordée en admettant que la demande que l’on va faire doit être négociable, afin de respecter mon besoin ET celui de l’autre dans la mesure du possible.

Enfin, pour pratiquer la CNV, si on peut lire des ouvrages pour approcher cette méthode, T.D’A. recommande de se faire accompagner pour l’utiliser.

Choisir sans rien nier ni renier de ce qui nous habite
J’agis dans la joie d’aimer ou dans la peur de ne pas être aimé ?

Pour T.d’A.[1] les enfants, tout comme les adultes d’ailleurs, n’aiment pas faire des choses par obligation, surtout si elles menacent d’un blâme ou d’une punition si l’on obtempèrent pas. Pour réaliser ce qu’on nous demande, nous avons besoin d’en comprendre le sens et d’être libre dans nos actes. En CNV, le sens va être donné lorsque nous exprimons nos besoins et la liberté est assurée par la formulation de notre demande qui laisse la possibilité à l’autre de refuser ou de négocier. Sans cela, ce n’est plus une demande, mais « une exigence qui ne laisse pas de liberté à l’autre ; l’autre va donc soit se soumettre, soit se rebeller, mais certainement pas agir dans le goût et la joie de contribuer à notre bien-être ! »Pour T.d’A. les exigences amènent les enfants à obéir ou désobéir, alors qu’une demande amène l’enfant à se responsabiliser puisqu’il est amené à agir dans le respect de ses besoins ET de ceux des autres. On ne peut vouloir appliquer la CNV si, au bout du compte, on veut que l’autre fasse ce que l’on attend de lui, si notre objectif est de changer l’autre. M.B.R. affirme « Les résultats obtenus par la contrainte peuvent coûter cher ». Il explique aussi combien, en tant que parent, nous attendons que les enfants se comportent d’une certaine manière.

C’est pour T.d’A. un point extrêmement important : donner du sens. Il invite à bannir de notre langage des expression comme : « C’est comme cela parce que c’est comme cela » « Pose pas toujours des questions » « Il y a des choses qu’il faut faire, qu’on le veuille ou non » « Tu comprendras plus tard » « c’est pour ton bien » et il veut permettre aux enfants de ne pas obéir et suivre aveuglément des consignes, des habitudes, des automatismes. Pour qu’un être humain devienne plus responsable de ce qu’il fait, il doit être plus conscient de ce pourquoi il agit. Ce n’est pas toujours facile pour les parents qui n’ont justement pas appris à agir en sachant pourquoi. T. d’A. va plus loin en affirmant que nous avons aussi besoin de donner un sens à notre vie, à sa signification humaine, philosophique et spirituelle. Un second point extrêmement important pour T.d’A. c’est d’écouter sans juger. Nous y reviendrons. M.B.R. met en évidence la différence entre demander et exiger. Demander selon les principes de la CNV, c’est donner à l’autre l’occasion« d’exercer sa générosité. Sil répond favorablement à notre demande, il le fera mû par un élan de bienveillance et éprouvera autant de plaisir à donner que nous à recevoir ». Si l’on exige et que l’autre cède à nos exigences, « leurs réactions ne seront motivées que par le ressentiment, la crainte, la culpabilité ou la honte ».

« En cherchant à obtenir des autres qu’ils nous donnent ou qu’ils fassent ce que nous voulons, nous menaçons leur autonomie, leur liberté de choix. Et quand une personne sent qu’elle est privée de sa liberté de choix, il y a des chances qu’elle résiste, même si elle comprend les raisons de notre demande et y accéderait volontiers en temps normal ». Laisser la liberté à l’autre ouvre la porte à l’amour inconditionnel. Il s’est imposé à M.B.R. lorsque ses enfants étaient encore petits. Il affirme : « Ainsi, exprimer aux autres cette qualité d’amour, de respect et d’acceptation sans condition ne signifie pas que nous devons aimer ce qu’ils font. Cela ne signifie pas que nous devons être permissifs et renoncer à nos besoins et à nos valeurs. Il s’agit simplement de témoigner aux autres le même respect, qu’ils décident de faire ce que nous leur demandons ou non ».

M.B.R. nous invite donc à aimer l’autre tel qu’il est et quoiqu’il fasse et a développer une certaine qualité de relation : « En matière d’éducation des enfants, il existe une alternative au laxisme et à la contrainte. Cette autre démarche nécessite de prendre conscience de la différence subtile, mais importante, entre vouloir pousser quelqu’un à faire quelque chose (ce que je ne préconise pas !) et se donner clairement pour objectif d’établir la qualité de relation nécessaire pour que les besoins de chacun soient comblés ».

T.d’A. site Gandhi : « Ne confondons pas ce qui est habituel avec ce qui est naturel ».

T.d’A. affirme : « Ainsi, notre bonheur, notre bien-être ne vient pas de ce que nous possédons, ni de ce que nous faisons mais de comment nous vivons notre relation avec les êtres, les activités et les choses »

Catherine

Voir aussi dans notre bibliographie : Cessez d'être gentil soyez vrai : Être avec les autres en restant soi-même

[1] Cessez s’être gentil, soyez vrai ! Les éditions de l’Homme